Bréhat Nord : À la découverte des paysages qui font l’âme de l’île

27/06/2025

Une entrée en matière : traverser la lande du Créac’h ar Goff

Dès le passage du Pont Vauban, l’atmosphère change subtilement. Le Créac’h ar Goff, ce vaste plateau battu par les vents entre chemins de bruyères et d’ajoncs, marque l’entrée sur l’île Nord. De mai à juillet, les floraisons s’y succèdent : les ajoncs explosent en jaune vif, les bruyères tintent de violet, et le parfum du fenouil marin se mêle à l’air iodé.

  • Superficie des landes : Environ 12 hectares sont couverts par ces pelouses rases et landes, ce qui représente l’un des plus vastes bocages restés intacts sur Bréhat (source : Office du tourisme de Bréhat).
  • Espèces à observer : L’été, les papillons, dont la mélitée du plantain, virevoltent parmi les herbes basses.
  • Conseil pratique : Le matin, la lumière rasante sublime les reliefs et les ombres de la lande.

Le chaos granitique de la Pointe du Paon : un monument naturel

Impossible d’évoquer le Nord de Bréhat sans parler de la Pointe du Paon. C’est sans conteste le site le plus emblématique de l’île, un cap granitique fouetté par les embruns et dominé par son phare immaculé. Les rochers ici se dressent comme des sculptures, formés au fil des millénaires par l’érosion.

  • Le granit rose : La couleur si particulière du granite de Bréhat — un rose intense tirant parfois sur l’orangé — est due à sa richesse en feldspath potassique (source : Géologues de Bretagne).
  • Le phare du Paon : Derrière sa silhouette blanche et carrée (construit en 1948 après la destruction du précédent pendant la Seconde guerre mondiale), il offre un panorama inégalé : on y distingue par temps clair l’archipel de Bréhat, l’île Lavrec et même la côte du Trégor.
  • Panorama : Osez vous aventurer sur les sentiers pour découvrir les chaos rocheux aux formes évocatrices : “le Crocodile”, “la Tortue”... Les lieux ont inspiré bien des légendes locales.
  • Spot d’observation : Ambiance sauvage garantie par gros temps, lorsque la mer se fracasse en gerbes blanches sur les récifs.

Petite histoire du phare du Paon

L’ancien phare, édifié en 1860, a été dynamité par l’armée allemande en 1944. Reconstruit à l’identique, il témoigne de la persévérance des Bréhatins et reste aujourd’hui une icône de résilience face aux éléments (source : Ministère de la Mer).

Landes et chemins côtiers : la palette végétale de Bréhat Nord

Si la richesse botanique de Bréhat est réputée, le Nord offre une composition très différente du Sud, plus abritée et tempérée. Ici, la végétation s’accroche entre granite et embruns. Chaque saison propose son spectacle.

  • Ajoncs et bruyères : Près de la Pointe du Paon ou de Guerzido, des tapis d’ajoncs parfument l’air dès avril. Les bruyères prennent le relais en juillet et août, offrant toute une gamme de mauves et de lilas.
  • Le fenouil marin (Crithmum maritimum) : Cette plante robuste, couverte de tiges charnues, pousse en abondance sur les rochers littoraux. Comestible, elle était autrefois récoltée pour ses qualités médicinales.
  • Les lichens : Jaunes, gris, orangés, ils “peignent” la pierre et signalent la pureté de l’air et la force des vents (les lichens sont sensibles à la pollution et ne s’installent que dans les milieux les plus sains).

Les panoramas marins : du Guerzido aux rochers de Castel Meur

Un peu à l’écart, la plage du Guerzido – l’une des rares grandes plages de Bréhat – invite à la contemplation. Si le sable fin attire les estivants, les randonneurs lui préfèrent souvent l’extrémité nord, plus sauvage, où s’ouvre la vue sur les îlots et phares.

  • Les falaises de Castel Meur : Depuis le sentier, à l’est du phare du Paon, un promontoire rocheux offre un point de vue saisissant sur les explosions d’écume et la mosaïque d’îlots à marée basse.
  • Conseil : C’est l’endroit idéal pour observer les courants violents qui font la renommée du Passage du Fromveur et admirer les jeux de lumière du soir sur l’océan.

Les havres secrets : Port Clos, Port La Chèvre et la grève du Goaréva

Si le Nord de Bréhat est réputé pour ses grandes perspectives marines, il recèle aussi des recoins plus discrets, refuges naturels précieux depuis des siècles.

  • Port Clos : Petit port de pêche encaissé, il propose une atmosphère hors du temps. Autrefois abri pour les paludiers et les pêcheurs de goémon, il est aujourd’hui un havre pour les bateaux traditionnels.
  • Port La Chèvre : Accessible par un chemin ensablé, ce port naturel servait encore à la fin du XIXème siècle pour la pêche à pied et la collecte du varech (source : Archives municipales de Bréhat).
  • La grève du Goaréva : Moins connue des visiteurs, cette baie offre aux oiseaux marins un abri lors des grandes marées. On peut observer à marée basse le ballet des bernaches cravants et des courlis cendrés (source : Bretagne Vivante).

Secrets du granit rose : formes, légendes et sciences

La présence du granite rose, formé il y a près de 300 millions d’années, confère au Nord de Bréhat une géologie de toute beauté. Ce granite, plus rare que le granite gris classique, doit sa couleur aux microcristaux de feldspath, de quartz et de mica.

  • Taille des rochers : Certains blocs, comme celui dit du "Chien couché", mesurent plus de 10 mètres de long et pèsent plusieurs centaines de tonnes !
  • Légendes : Selon la tradition locale, il faudrait être “initié” pour savoir reconnaître dans ces formes les géants et animaux pétrifiés par la colère des dieux marins.
  • Randonnée guidée : Des circuits “géologie et contes” sont parfois organisés en été pour les curieux de légendes et de sciences (source : Association des guides de Bréhat).

Points d’observation ornithologiques et faune emblématique

Grâce à la diversité de ses habitats, l’île Nord est le paradis des observateurs de la faune sauvage.

  • Oiseaux rares : On recense sur l’île plus de 120 espèces d’oiseaux (source : Bretagne Vivante), dont les gravelots à collier interrompu sur les grèves, le faucon crécerelle sur les falaises, ou encore l’élégant hibou des marais en migration.
  • Mammifères marins : Du haut de la Pointe du Paon, il n’est pas rare d’apercevoir au loin têtes de phoques gris ou dauphins communs au printemps.

L’art des chemins et sentiers : une balade respectueuse et immersive

La magie du Nord de Bréhat opère d’autant plus que l’on prend le temps de l’explorer à pied. Pas de route carrossable, mais un chapelet de sentiers sinuant entre rochers et pelouses maritimes. Attention : rester sur les sentiers balisés est essentiel pour préserver cette biodiversité fragile. L’érosion liée au piétinement reste la principale menace sur ces milieux sensibles (source : Conservatoire du Littoral).

  • Le sentier du tour de l’île Nord : Compter environ 7 kilomètres pour faire le tour principal, avec de nombreux petits crochets pour découvrir criques et panoramas cachés.
  • Bon à savoir : Prévoir des chaussures adaptées : pierre et sable alternent, certains passages peuvent être humides selon la météo.

Moments de lumière : lever et coucher de soleil à la Pointe du Paon

Pour terminer cette exploration, impossible de négliger la magie des premières et dernières lueurs du jour. À la Pointe du Paon, le lever du soleil embrase la lande et enflamme les flancs du phare. Au crépuscule, le granit se teinte d’orangé, la mer devient miroir, et l’île semble se fondre dans l’immensité. Un spectacle gratuit, renouvelé chaque jour, pour peu qu’on prenne le temps de s’en émerveiller.

D’autres visages du Nord à découvrir, au fil des saisons

L’île Nord de Bréhat sait surprendre à chaque visite : nuances de bruyère en été, aurores stellaires en hiver, colonies d’oiseaux migrateurs au printemps, houles impressionnantes à l’automne… Sur ces terres où nature et légende s’entremêlent, chaque paysage invite à ralentir et à s’imprégner, loin de l’agitation du continent. L’essentiel, ici, n’est pas de tout voir, mais de (re)trouver le bonheur de regarder.

En savoir plus à ce sujet :