Randonner au cœur secret de l’île Nord de Bréhat : les sentiers les plus préservés

18/06/2025

Bréhat côté nord : un territoire à l'état brut

L’île de Bréhat, célèbre pour ses eaux turquoise et ses chemins bordés d’hortensias, est bien plus qu’un paradis touristique : c’est un sanctuaire naturel aux multiples visages. Si le sud de l’île séduit par ses ruelles fleuries et ses bâtisses de granit rose, le nord offre un tout autre décor, plus sauvage, presque rude par endroits, où le vent, la mer et la roche dialoguent sans filtre. C’est là, sur cette partie de Bréhat moins arpentée, que l’on rencontre les sentiers les plus authentiques, loin des foules estivales, pour une immersion totale dans la nature bréhatine.

Cette zone, dite de « l’île Nord », s’étend au-delà du fameux pont Vauban et se prolonge vers la Pointe du Paon, là où la terre semble se dissoudre dans l’océan. Les paysages y changent radicalement : finies les vallées closes, place aux landes exposées, aux falaises sculptées par l’écume, aux criques cachées et aux champs de bruyère.

Comment accéder et se repérer sur l’île Nord

L’accès à l’île Nord se fait simplement à pied depuis le Bourg, en traversant le pittoresque pont Vauban, ouvrage emblématique reliant les deux parties principales de l’île. Dès la traversée du pont, la sensation d’entrer dans un autre monde est palpable. Les sentiers y sont plus caillouteux, parfois escarpés, et les distances peuvent vite sembler plus longues qu’au sud en raison du relief et de la faible densité de l’habitat.

  • Carte conseillée : utiliser la carte IGN « Bréhat - 0719ET » pour bien repérer les petits chemins non balisés et éviter de se perdre (source : IGN France).
  • Signalétique : peu de panneaux, privilégier l’orientation naturelle (amers, lignes de côte, phares).
  • Distance totale : environ 3,5 km en boucle par les sentiers principaux de l’île Nord (hors variantes).

Les grands axes : tour d’horizon des chemins majeurs

Même si l’exploration invite à sortir des sentiers battus, certains axes principaux servent de fil conducteur. Ils permettent de rejoindre les extrémités nord et les points d’intérêt, tout en donnant accès à des variantes plus confidentielles.

  1. Le sentier côtier ouest : En partant du pont Vauban, suivez les petites routes en direction du Port Clos, puis bifurquez à gauche vers la côte ouest, le long du chemin du Vieux Moulin. Ce tronçon longe de superbes amarres, la presqu’île de Guerzido, avant d’atteindre la plage du Guerzido – dernière plage surveillée avant la grande lande sauvage. Là, le chemin se fait plus étroit et sinueux, s’approchant de la mer jusqu’à la Pointe du Paon.
  2. Le sentier central (vers la Chapelle Saint-Michel) : Après le pont, prendre à droite, puis monter en direction de la chapelle située sur son promontoire. De là, panoramas fascinants sur tout Bréhat, notamment au lever ou coucher du soleil, souvent dans une atmosphère quasi mystique, tant le site semble détaché du continent (Office du tourisme de Bréhat).
  3. Le sentier côtier est : Moins fréquenté, ce chemin débute près du moulin du Birlot et s’étire jusqu’à la pointe de l’Anse de Kerpont. Ici, la lande s’ouvre sur les marées et la faune d’estuaire, un espace très prisé des ornithologues.

Focus : trois sentiers secrets pour découvrir l'île Nord autrement

Parmi tous les tracés, certains chemins à l’écart recèlent un charme particulier et une vraie sensation d’aventure. Voici trois suggestions "hors radar", à explorer par petits groupes ou en solo pour une expérience profonde :

1. De la Croix de Maudez à la Pointe du Paon par la lande

  • Ambiance : lande rase, silence intact, seuls le cri du goéland argenté et le souffle du vent accompagnent la marche.
  • Distance : environ 1,5 km, avec quelques variantes selon le tracé pris.
  • Points forts : passage par des chaos de granit rose parfois arrondis, surplombant directement la mer. Au printemps, explosion de couleurs : ajonc, bruyère (Calluna Vulgaris), ombellifères sauvages.
  • Anecdote naturelle : La lande de l'île Nord accueille le courlis cendré, espèce rare dont le cri, longuement modulé, résonne au ras du sol (source : LPO Bretagne).

2. Le sentier du Birlot à l’Anse au Moine

  • Ambiance : atmosphère changeante entre vallons secrets et miroirs d’eau dans les anciens réservoirs à poissons (vestiges du XIXe siècle).
  • Distance : près de 2 km selon la boucle.
  • Points forts : vue sur l’archipel de Lavrec, présence, à marée basse, des hérons cendrés et parfois d’aigrettes garzettes. Lieu idéal pour la contemplation, souvent désert, même en plein été.
  • À savoir : le Birlot doit son nom à une ancienne famille d’officiers de marine (voir : Archives départementales des Côtes d’Armor).

3. La boucle du Phare du Paon par la côte sauvage

  • Ambiance : atmosphère presque écossaise par mauvais temps, isolement garanti, blocailles de granit rose sculptés par l’Atlantique.
  • Distance : 2,5 km selon le chemin suivi.
  • Points forts : arrivée spectaculaire au Phare du Paon, emblème de l’île, qui résiste depuis 1860 aux tempêtes – même après sa reconstruction en 1949, suite à sa destruction par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale (source : Service des phares et balises).
  • Faune : colonies de cormorans huppés sur les rochers voisins, chevaux bretons paissant librement dans les prés alentours.

Ce qu’offre vraiment l’île Nord : nature vive et patrimoine secret

Ce qui différencie les sentiers sauvages de l’île Nord, ce n’est pas seulement leur aspect physique, mais le rapport intime qu’ils invitent à tisser avec l’environnement. Ici, pas d’asphalte ni d’aménagements superflus, mais une terre vivante que l’on sent vibrer sous ses pas.

  • Patrimoine bâti discret : Quelques maisons de pêcheurs, des fours à goémon abandonnés, des murets recouverts de lichens. Le passé de Bréhat s’invite à chaque détour de sentier.
  • Éviter la surfréquentation : Même en août, il n’est pas rare de marcher une heure sans croiser âme qui vive, surtout tôt le matin ou à la tombée du jour.
  • Observation des oiseaux migrateurs : Bréhat se situe sur un couloir migratoire important : plus de 150 espèces d’oiseaux y sont repérées chaque année, dont le gravelot à collier interrompu, le fou de Bassan ou le pipit maritime.

Conseils pratiques pour préserver les sentiers sauvages

  • Privilégier la marche respectueuse, rester sur les sentiers principaux pour éviter le piétinement des habitats sensibles (sources : Réserves Naturelles de France).
  • Aucun déchet, même biodégradable : la flore de lande évolue lentement et le sol met des années à se régénérer.
  • Respecter les zones de quiétude des oiseaux sur les falaises et zones humides – utiliser des jumelles pour l’observation sans déranger.
  • Prévoir de l’eau, un chapeau et une coupe-vent : l’île Nord est exposée et les conditions se modifient rapidement, même en été.

Oser sortir des horaires et saisons classiques

L’une des clés pour profiter au mieux des sentiers sauvages de Bréhat ? Sortir des standards, marcher tôt au lever du soleil (entre 6 h et 8 h, selon la saison), ou bien en toute fin de journée, quand la lumière descend et que la faune reprend possession des espaces. En automne et en hiver, la lande se pare de nuances inédites et l’île retrouve toute sa grandeur secrète, offerte à celles et ceux qui n’ont pas peur du vent !

À savoir avant de partir : réglementation et accessibilité

  • Chiens admis : tenus en laisse ; attention à la période de nidification (mai à juillet) où certaines zones sont restreintes.
  • Accessibilité : plusieurs sentiers sont escarpés et peu adaptés aux personnes à mobilité réduite ; préférez les axes centraux pour des marches plus douces.
  • Pas de véhicules à moteur permis : circulation exclusivement piétonne (voir code de l’île, Mairie de Bréhat).

Invitation à découvrir, respecter, s’émerveiller

L’île Nord de Bréhat offre, à qui prend le temps de la parcourir à pied, un visage rare, façonné par les éléments et le silence. C’est un territoire où l’esprit s'apaise au rythme du ressac et des parfums d’ajonc. Que ce soit pour une boucle à la demi-journée ou une longue exploration, chaque pas y porte la promesse d’une rencontre avec l’authenticité bretonne, brute et poétique. Amoureux de nature, curieux ou marcheurs contemplatifs, ces sentiers sont faits pour vous : ils sont la respiration sauvage de Bréhat.

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