Explorer la côte est de l’île Nord de Bréhat : entre nature sauvage et points de vue uniques

16/07/2025

Premiers pas sur la côte est : une invitation à l’émerveillement

S’embarquer pour la découverte de la côte est de l’île Nord de Bréhat, c’est accepter de ralentir et de s’ouvrir pleinement aux beautés discrètes que dévoilent chaque détour du sentier. Ici, la nature se fait partout ressentir : dans l’air iodé, les couleurs éclatantes des bruyères, les lumières changeantes du ciel breton.

La côte est, souvent moins fréquentée que l’ouest, déroule un chapelet de paysages variés : petites criques secrètes, falaises de granit rose déchiquetées, prairies fleuries, et jusqu’aux phares mythiques battus par les vents. C’est la portion idéale pour s’immerger dans l’esprit de Bréhat, cette île que l’on surnomme “l’île aux fleurs” pour une bonne raison.

Où commence la balade ? Quelques repères pratiques

Le point de départ conseillé pour longer la côte est de l’île Nord se situe à la hauteur du Pont Vauban, ce minuscule pont de pierre qui marque le passage entre l’île sud, la plus habitée, et l’île nord, plus sauvage. Après avoir franchi ce seuil, suivre le sentier côtier par la droite mène naturellement vers la grande aventure de la côte est.

  • Durée estimée : 2h à 3h de marche, en prenant le temps d’observer et de s’arrêter.
  • Distance : Environ 6 km pour l’aller simple jusqu’au phare du Paon et ses abords.
  • Sentier : balisé sur la majeure partie du trajet ; prévoir de bonnes chaussures, le terrain est parfois rocheux ou humide par endroits.
  • Accessibilité : déconseillé aux poussettes et aux personnes à mobilité réduite.

Les escales incontournables le long de la côte est

La Petite Anse de la Corderie

Rapidement après le départ, une première halte s’impose à l’Anse de la Corderie. Cette petite plage intime séduit par son ambiance paisible, bordée de tamaris et de rochers ronds. Par marée basse, on observe souvent les oiseaux marins venus chercher leur pitance dans les laisses de mer. C’est aussi l’un des meilleurs spots pour admirer la mosaïque de galets façonnée par la mer.

  • Espèces remarquables : huîtriers-pies, aigrettes garzettes, courlis cendrés (source : LPO Bretagne).

Le village du Guerzido et la chapelle Saint-Michel

Longez le petit hameau du Guerzido, puis bifurquez (à marée basse uniquement et avec prudence) pour un crochet vers la chapelle Saint-Michel perchée sur sa colline. De là-haut, le panorama sur le large est impressionnant : plus de 86 îlots émergent à marée basse, constellant la mer comme un archipel miniature (source : Conservatoire du Littoral).

Les chaos granitiques et les prairies littorales

Au fil du sentier, le paysage se fait plus escarpé, presque sauvage : les fameux chaos granitiques de Bréhat apparaissent en surplomb de criques où la mer s’engouffre. C’est ici que l’on perçoit toute la puissance de la géologie locale, héritée du socle armoricain de plus de 600 millions d’années (source : Musée de la Géologie de Bretagne). Des lichens orange et or tracent de véritables fresques naturelles sur les rochers.

  • Le granit rose de Bréhat, unique par sa teinte, fait partie des plus anciens d’Europe.
  • Les prairies alentour regorgent de fleurs : immortelle des dunes, oeillet des Chartreux, armérie maritime…

La Pointe du Guerzido et la Roche Plate

À mi-parcours, une pause s’impose à la Pointe du Guerzido. D’ici, la vue se déploie vers les eaux vives du chenal du Trieux, où le courant s’accélère à chaque marée. Les plus attentifs remarqueront la silhouette effilée de la Roche Plate, refuge pour les cormorans et, occasionnellement, pour les phoques gris observés entre avril et septembre (source : Réseau National d’Observation des Mammifères Marins).

  • Conseil observation : Se munir d’une paire de jumelles pour ne rien manquer du ballet des oiseaux et des poissons qui se regroupent à cet endroit poissonneux.

Les landes littorales : entre bruyères et parfum d’iode

À mesure que l’on progresse vers le nord, la lande s’invite, tapissant le littoral de couleurs changeantes selon la saison. L’été, la bruyère cendrée et la callune, tirant sur le violet, dominent le paysage. Au printemps, c'est l’éclat doré des ajoncs qui perce. On rencontre aussi le rare crithme maritime, une plante comestible également appelée “fenouil de mer”.

  • Espèces botaniques localisées : fucus denté, euphorbe des rivages, plantain maritime, lis maritime.
  • À sentir : L’iode et les senteurs mêlées de fenouil sauvage, notamment après une averse ou au lever du soleil.

Le clou du spectacle : le phare du Paon et ses alentours

Un phare mythique

Au bout du sentier se dresse l’emblématique phare du Paon. Reconstruit en 1949 après la Seconde Guerre mondiale, il domine la pointe nord-est, battue par les vents. Véritable poste d'observation, il offre une vue à presque 360 degrés sur la mer, les récifs et jusqu’au large du Trégor.

  • Hauteur : 18 mètres (source : Phares et Balises, Direction Interrégionale Manche Ouest)
  • Anecdote marquante : En 1925, une tempête mémorable avait détruit la précédente tour du phare, forçant à repenser complètement sa construction pour résister à la violence du site.

La biodiversité des extrêmes

Sur les rochers battus par les vagues, difficile de croire à la vie. Pourtant, ces récifs accueillent une flore pionnière exceptionnelle : lavatères maritimes, silènes enflés et des tapis de pourpiers de mer, visibles au printemps et en été. Dès les premières heures du matin, les fous de Bassan (venus de la colonie de l’île Rouzic, distante de seulement 20 km) sont parfois visibles en train de pêcher au large.

  • À noter : Fin mai-juin, les rochers autour du Paon se parent de fleurs roses et mauves, notamment l’armérie maritime et la statice commune. Une rareté locale.

Points de vue et lumières changeantes

La magie opère surtout au lever ou au coucher du soleil, lorsque le granit s’embrase et que l’horizon paraît infini. Par beau temps, on distingue à l’est les contours de l’archipel de Saint-Malo, alors que vers le nord, la ligne d’horizon semble se perdre dans l’immensité. Beaucoup de photographes viennent ici capter “l’heure dorée” — ce moment où les rayons du soleil colorent la pierre d’une teinte chaude, presque irréelle.

Rencontres naturelles : faune emblématique de la côte est

La côte est de Bréhat s’affirme comme un lieu d’exception pour l’observation de la faune :

  • Oiseaux nicheurs : mouette tridactyle, goéland argenté, huitrier-pie, gravelot à collier interrompu (espèce protégée, seulement 3 couples nicheurs recensés sur Bréhat en 2023, source : LPO Bretagne).
  • Mammifères marins : observation régulière de phoques gris, venant se reposer à marée basse sur les bancs de sable aux abords du Sillon de Talbert.
  • Poissons et crustacés : la zone intertidale regorge d’anémones, d’ormeaux, de bouquet et parfois de homards (réglementés, pêche à pied très surveillée sur l’île).

N’oublions pas le vol rasant des hirondelles et les battements d’ailes rapides des bécasseaux qui se jouent des vagues — autant de preuves de la richesse écologique du site.

Conseils pratiques pour une exploration respectueuse et complète

  • Équipement : prévoir de l’eau (aucune fontaine sur le parcours), vêtements adaptés au vent (la brise de l’est est parfois fraîche même en été), chapeau ou casquette, crème solaire même par temps couvert.
  • Respect des milieux : rester sur le sentier balisé pour préserver la flore fragile, ne pas déranger la faune notamment durant la nidification au printemps.
  • Période idéale : mars à juillet pour la floraison, septembre-octobre pour l’ambiance minérale et la lumière dorée exceptionnelle.
  • Photographier sans déranger : privilégier les longues focales pour photographier oiseaux et mammifères marins sans s'approcher ; observer en gardant toujours une distance de sécurité.

Petit rappel : Bréhat reste un site naturel sensible. La collecte de plantes, de galets ou d’animaux est strictement réglementée (classement en “site Natura 2000”).

L’esprit de la côte est : une immersion authentique

Longer la côte est de l’île Nord de Bréhat, c’est vivre une expérience sensorielle et contemplative, bien au-delà du simple “tour de l’île”. C’est se laisser surprendre par le vol d’un courlis, la lumière sur le granit, la rencontre inattendue avec un phoque ou la découverte d’une fleur rare dans la lande. Les sentiers de la côte est invitent chacun à renouer avec la nature vivante, à observer le lien fort qui unit Bréhat à la mer, et à tisser, le temps d’une balade, une complicité silencieuse avec l’île aux mille visages.

Pour aller plus loin, chaque saison renouvelle la palette de sensations et d'observations ; alors n’hésitez pas à revenir, à différents moments de l’année, pour apprivoiser les multiples humeurs de Bréhat et en faire votre propre “île aux merveilles”.

Sources principales : LPO Bretagne, Conservatoire du Littoral, Direction Phares et Balises, Réseau National Mammifères Marins, Musée de la Géologie de Bretagne.

En savoir plus à ce sujet :