Île Sud, Île Nord : Deux Visages, Deux Univers sur les Sentiers de Bréhat

09/07/2025

Premiers pas sur Bréhat : Une île, deux mondes de randonnée

Marcher sur Bréhat, c’est explorer mille nuances de nature en quelques kilomètres à peine. Cette petite perle bretonne, grande d’à peine 3,5 km sur 1,5 km, se divise nettement en deux entités : l’île Sud et l’île Nord, séparées par le Gouëzil, un mince bras d’eau traversé par un impressionnant pont à voûte unique. Mais quels sont les contrastes entre les sentiers de ces deux parties de l’île ? Pour qui aime randonner loin du tumulte, découvrir une flore d’exception ou longer des criques insolites, l’expérience change du tout au tout selon la rive que l’on choisit d’arpenter.

Quels chemins sur l’île Sud ? Ambiance, paysages et parcours

L’île Sud, souvent la plus fréquentée, se dévoile dès l’arrivée du bateau. Son réseau de sentiers influence la première image que l’on a de Bréhat : une île lumineuse, chaleureuse, où les couleurs vives de l’hortensia, de l’agapanthe et du mimosa sautent aux yeux de mars à octobre. Voici ce qui caractérise ses sentiers :

  • Chemins larges et roulants : Les principaux sentiers sont aménagés, parfois goudronnés ou empierrés (notamment autour du bourg et des commerces). Pratique en famille, en poussette ou même à vélo sur certains tronçons.
  • Relief doux : Peu de côtes marquées ; la balade reste facile, même pour les marcheurs occasionnels. Comptez 3 à 4 km pour faire le tour de l’île Sud, sans grande difficulté technique.
  • Points d’intérêt marqués : Le phare du Paon (au nord extrême, mais accessible par l’île Sud en traversant le pont), l’église du bourg (XVIe siècle), la chapelle Saint-Michel, le moulin à marée du Birlot, ou encore la plage du Guerzido offrent des pauses incontournables. Les sentiers relient chacun de ces lieux facilement.
  • Paysages cultivés et fleuris : Palmiers, eucalyptus, figuiers, fuchsias — sur l’île Sud, la douceur du microclimat a égalé le jardin d’Éden. Entre les murets à l’ancienne et les masures de granit rose, la sensation d’un voyage botanique est partout.

Le sentier côtier du sud, du port Clos à la pointe du Guerzido, invite à la contemplation de la mer intérieure (l’anse du Birlot) et des îlots qui s’égrènent à marée basse. Sur ce tronçon, on croise les traces d’une vie insulaire toujours active : jardins maraîchers, pêcheurs à la palourde, vieux puits dissimulés. La propreté et la praticité de ces chemins sont entretenues : la municipalité fait en sorte que l’accès soit sans encombre, et, même lors de la haute saison, la fréquentation reste agréable.

Les sentiers de l’île Nord : Sauvage, escarpée, secrète

L’île Nord, c’est le grand contraste : on y accède en franchissant le pont arqué de la Corderie, et, d’un pas, on change de monde. Ici, la nature se fait plus brute, le vent souffle plus fort, et les chemins, parfois étroits, invitent à la découverte attentive.

  • Sentiers étroits et parfois escarpés: Dès la sortie du pont, les chemins se resserrent, grimpent vers la lande. Par endroits, rochers de granit rose affleurant, passages sur terre battue ou sableuse, racines apparentes, surtout vers la côte nord-ouest (autour de la Chapelle Saint-Anne ou de la Pointe du Paon).
  • Relief plus marqué : Les montées, souvent courtes mais raides, réveillent jambes et souffle. Un sentier mène notamment à la chapelle Saint-Michel qui offre une vue panoramique sur l’île — probablement l’un des plus beaux points d’observation de Bréhat (hauteur de 33 m).
  • Ambiance “fin du monde” : Au nord extrême, la lande, les ajoncs et les bruyères remplacent les jardins. Les falaises, battues par des vents marins puissants, plongent dans l’écume. C’est le royaume des goélands, des cormorans, et parfois du faucon crécerelle.
  • Isolement apprécié : À partir de la baie de Pors Even ou du fameux phare du Paon, le nombre de marcheurs se raréfie nettement. Pour ceux qui aiment la quiétude et les panoramas sans obstacles, c’est un vrai bonheur.

La flore évolue aussi : la douceur s’efface, place aux espèces adaptées au vent salé : immortelles, silènes, plantains maritimes, lichen jaune sur le granit (Conservatoire du Littoral).

Faune, flore et microclimats : Le grand écart entre Sud et Nord

Île Sud : Le jardin subtropical

  • Plantes exotiques et luxuriantes : Grâce au fameux courant chaud du Gulf Stream, les températures moyennes annuelles varient autour de 11,3°C sur l’île (source : Météo France), favorisant la culture de plantes inespérées à cette latitude. Mimosas centenaires, eucalyptus, figuiers prolifèrent dans les haies ou le long des sentiers.
  • Couleurs presque toute l’année : En mars-avril, les mimosas d’un jaune éclatant précèdent les agapanthes (bleues, blanches) en juin-juillet, puis les hortensias en été – à tel point que l’île est surnommée “l’île aux fleurs”.

Île Nord : La lande battue par les vents

  • Flore résiliente : Ici règnent ajoncs, genêts, bruyères, fenouil marin, et l’incontournable chardon bleu. L’ambiance rappelle parfois les paysages des îles anglo-normandes. On y retrouve aussi des lichens marins rares, parfois étudiés par botanistes (source : Musée de Bretagne).
  • Oiseaux de mer : On observe facilement cormorans huppés, goélands argentés, huîtriers-pies, parfois même la sterne pierregarin ou le pipit maritime. Les sentiers du nord croisent plusieurs zones propices à la nidification, notamment autour du phare du Paon.

Conseils pratiques pour choisir votre randonnée à Bréhat

  • Avec des enfants ou un rythme tranquille : Privilégier l’île Sud, pour ses sentiers aménagés, ses points d’arrêt fréquents et la présence de petites criques abritées. Le tour de l’île Sud peut s’envisager sur une demi-journée sans problème, même en s’octroyant des pauses découverte dans les commerces ou au jardin Georges Delaselle (jardin remarquable, Côtes d'Armor Tourisme).
  • Pour les passionnés de nature sauvage: L’île Nord séduira par son côté “hors du temps”, ses paysages de landes et ses criques secrètes. Prévoir des chaussures fermées, surtout si l’on vise la Pointe du Paon (parcours parfois glissant selon la météo).
  • Randonnée complète : Le grand tour de Bréhat, mêlant Sud et Nord, fait une jolie boucle d’environ 9 kilomètres — idéal sur une journée, avec pique-nique et baignade à la clé.
  • Éviter les foules : Même en été, sortir des grands axes (comme le bourg ou la plage du Guerzido) offre très vite de l’espace, surtout dans la partie nord, même aux heures les plus fréquentées.

Enfin, côté équipement, sachez que les sentiers du nord peuvent vite devenir boueux et glissants, surtout après les pluies automnales. Gardez toujours une paire de chaussures imperméables, et méfiez-vous du soleil, ici plus fort qu’il n’y paraît du fait de la réflexion sur le granit.

Ambiances et expériences insulaires : Randonner, c’est choisir son atmosphère

Un même sentier n’offre pas la même aventure selon l’heure du jour, la marée ou la lumière du moment. Sur l’île Sud, la lumière dorée du petit matin fait chanter les massifs de fleurs, tandis que, sur l’île Nord, la lande au crépuscule offre une palette de pourpres et de verts piquetés d’écume.

  • Au lever du jour : Les premières lueurs sur le sentier du Guerzido font ressortir les teintes pastel des agapanthes, à peine réveillées de la rosée nocturne.
  • En fin d’après-midi : Baladez-vous vers le nord, l’air chargé d’iode, les cris d’oiseaux rythment le pas, et parfois, la silhouette d’un phoque gris surgit entre deux rochers (plusieurs observations signalées par l’Office de Tourisme de Bréhat).

Quelques anecdotes et faits marquants pour étoffer la balade

  • Un îlot, cent micro-explorations : Pour ceux qui aiment sortir du sentier, sachez qu’on recense plus de 86 petits îlots et îles satellites autour de Bréhat, dont certains sont accessibles à pied à marée basse : l’île Maudez, l’île Raguenez. Mais attention aux horaires de marée !
  • Patrimoine caché : Sur l’île Nord, on croise les vestiges de murets de douaniers, témoins d’une époque de surveillance intense des côtes.
  • Inspiration artistique : L’île, surtout côté nord et ses falaises, a longtemps attiré peintres et écrivains : l’auteur Kenneth White y a puisé l’esprit de certaines de ses “traversées”(source : “La traversée de Bréhat”, éditions Verdier).

Bréhat, l’île aux deux tempéraments

Arpenter Bréhat, c’est choisir chaque fois une nouvelle couleur de sentier. L’île Sud et l’île Nord offrent des expériences complémentaires et absolument uniques. Du jardin à la lande, du granit rosé aux plages de galets, chaque chemin a sa voix et invite à ralentir pour mieux s’attarder. S’élancer le long du sentier côtier sud pour les parfums et les panoramas fleuris, partir à l’assaut des landes du nord pour le souffle océanique, c’est, finalement, explorer deux univers au sein du même écrin. Prenez le temps de vous laisser surprendre, choisissez votre rythme et, surtout, gardez le regard curieux : à Bréhat, la nature est changeante, précieuse et jamais vraiment la même, selon le pas que l’on pose ou le sentier que l’on choisit.

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